Le sablier inversé


Dans « Le goût de l’avenir » (qui vient de paraître en poche), Jean-Claude Guillebaud propose une très jolie métaphore, qui colle assez bien avec la ligne éditoriale de ce site et dont je voulais vous faire profiter.

Cette métaphore repose sur l’image d’un sablier « normal » et d’un sablier inversé. C’est une véritable radiographie de l’inconscient collectif de notre société et de sa relation au temps.

Prendre des décisions au quotidien, choisir, décider, gouverner, c’est tourner son regard vers l’avenir, avoir des projets, anticiper. Dans ce cadre, le présent n’est rien en lui-même, si ce n’est une succession d’instants. Par contre, la décision s’appuie sur des référentiels, une mémoire, une culture collective, des racines, qui appartiennent au passé.

Une société équilibrée est une société qui partage des racines et une mémoire collective, tout en étant capable de s’enrichir de sa diversité. Cette société embrasse dans un même regard un passé lointain, profond, qui nous renseigne sur notre vraie nature et sur nos limites, et un avenir qui doit nous amener à repousser ces mêmes limites.

Regardez maintenant le petit dessin ci-dessous :

(JPEG)

Cette hypertrophie du présent, cette obsession du plaisir instantané, de l’immédiat, cette quête frénétique d’un bonheur matériel à crédit ne vous rappelle rien ? Cette ignorance du passé, de la mémoire de l’humanité, mal cachée par une frénésie commémorative ? Cette absence de projet et d’anticipation ?

Certes, nous vivons à une époque d’une extrême complexité, ou l’incertitude domine. Dans ce contexte chaotique, difficile, la lucidité représente un effort douloureux. Il peut être tentant de se réfugier dans les paradis artificiels du plaisir immédiat. Le repli sur soi même, le cocooning, la recherche d’une sécurité illusoire en sont peut être des illustrations.

Mais l’acceptation de la complexité, de l’incertitude, ne doit pas empêcher de partager un projet, ni de se choisir des valeurs communes. Accepter la complexité oblige à adopter un regard lucide, sans se cacher les difficultés, pour essayer de mieux les anticiper.

La décision, la « gouvernance », est plus que jamais un exercice complexe. Quelque soit la pente, la route ne sera plus jamais droite. Un bon marin sait qu’il doit, face aux vents contraires, faire de fréquents changements de direction, et composer avec les éléments pour tenir le cap qu’il s’est fixé.

C’est cette sagesse du marin qu’il nous faut apprendre, avec ce qu’il faut de volonté et de ténacité pour choisir un cap et le tenir, et ce qu’il faut de réalisme et de modestie pour accepter les difficultés et composer avec elles, en faisant les compromis nécessaires.

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