"e pluribus unum"


Quoi de plus en phase avec l’actualité que de titrer un article avec la devise nationale américaine ?

(Et oui, pour les plus vénaux d’entre vous, je rappelle qu’une devise n’est pas seulement une monnaie, mais aussi une brève déclaration sensée afficher les valeurs dans lesquelles vous croyez)

Evidemment, le choc du 11 septembre et les délires paranos entretenus ensuite par l’administration Bush ont fait passer cette devise au second plan [1] . Pourtant, cette devise, « unis dans la diversité », prend tout son sens dans un monde complexe, déchiré entre des forces contradictoires et des intérêts divergents. Si on développe un peu le concept, on pourrait la traduire par quelque chose comme : « Par delà nos différences, que nous reconnaissons et respectons, nous partageons un socle commun de valeurs et nous unissons nos efforts vers le même but ». Voilà qui nous rapproche de la définition donnée par St Exupéry : « S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Nous n’avons pas tous la même religion, la même culture, la même histoire ni les mêmes aspirations et les mêmes intérêts. Mais nous sommes tous dans le même bateau, notre bonne vielle planète fatiguée.

Bien sûr, nous n’avons pas tous le même niveau de responsabilité dans la crise que nous vivons aujourd’hui, et nous n’avons pas non plus les mêmes leviers d’actions. Sans chercher à culpabiliser tel ou tel pays, ce sont bien les consommateurs des pays riches du nord qui sont les principaux responsables du dérèglement climatique, de la déforestation, de l’épuisement des ressources halieutiques ou de l’omniprésence des molécules organiques persistantes. Et pourtant, ce sont les plus pauvres et les plus précaires qui en subissent le plus les conséquences. Les bangladeshi ou les haïtiens, pour ne prendre que ces deux exemples, sont les premiers touchés par les conséquences du dérèglement climatique. Sont-ils ceux qui émettent le plus de carbone atmosphérique ? Chez les Inuits, la concentration en dioxines ou en PCB dans le lait maternel atteint des niveaux plus que préoccupants, parce que ces populations se nourrissent essentiellement de poisson et se trouvent au sommet d’une chaîne alimentaire qui concentre ces polluants. Bien sûr, l’industrie et l’agriculture inuit sont de grandes productrices de polluants organiques persistants ... !

Quand aux leviers d’action, ce sont les aussi les consommateurs et les états les plus riches du nord qui les détiennent. Ne nous berçons pas d’illusions. Si ce n’est pas nous qui réduisons aujourd’hui notre train de vie, ce sont nos enfants ou nos petits enfants qui devront le faire, et plus les décisions seront différées, plus elles seront douloureuses. La conversion de nos économies vers un mode de développement plus durable et plus équitable est possible, mais ce ne sera pas gratuit. Quand au sud, l’idée d’un développement durable n’est peut être pas totalement utopique. Notamment si on s’intéresse au ratio entre l’IDH (Indice de Développement Humain) et l’empreinte écologique (voir : les indics dans la balance, et une présentation de Christian Brodhag ici), le chemin sera peut être même plus court pour certain d’entre eux que pour nous. Mais ce ne sera possible que s’ils ne répètent pas nos erreurs, et s’ils ont accès immédiatement aux technologies les plus performantes et les plus propres (Ce qui suppose qu’on cesse de considérer le sud comme un marché émergeant à qui nous pouvons refiler nos technologies et nos produits obsolètes).

Ce qui est sûr, c’est que si un jour l’humanité accède enfin à un niveau de développement soutenable, équitable et durable ce sera « e pluribus unum ». En tenant compte de la diversité des situations et des besoins, et en convergeant vers un but partagé. Et comme il n’y a pas de grand ordonnateur pour nous dire comment faire, c’est en encourageant toutes les initiatives locales, au nord comme au sud, qu’on progressera.

[1] L’administration de ce pays fait tout pour cacher cette diversité, et même la museler et la raboter, avec des petites phrases à l’emporte pièces comme « qui n’est pas avec nous est contre nous », et une législation liberticide qui avec le « Patriot Act » va bien au-delà que ce qui se passait à l’époque du Mc Carthysme. Mais il est de notre responsabilité de reconnaître cette diversité, et d’éviter de succomber à un anti-américanisme globalisant qui oublierait l’incroyable richesse intellectuelle de ce pays. Je vous donne juste quelques exemples, en vous invitant à visiter le site « Culture change », celui de l’ONG WorldWatch ou encore celui de Richard Wilk, animateur de la liste « Global Consumer ».

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[1] L’administration de ce pays fait tout pour cacher cette diversité, et même la museler et la raboter, avec des petites phrases à l’emporte pièces comme « qui n’est pas avec nous est contre nous », et une législation liberticide qui avec le « Patriot Act » va bien au-delà que ce qui se passait à l’époque du Mc Carthysme. Mais il est de notre responsabilité de reconnaître cette diversité, et d’éviter de succomber à un anti-américanisme globalisant qui oublierait l’incroyable richesse intellectuelle de ce pays. Je vous donne juste quelques exemples, en vous invitant à visiter le site « Culture change », celui de l’ONG WorldWatch ou encore celui de Richard Wilk, animateur de la liste « Global Consumer ».



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