Politique énergétique et développement durable


L’Europe doit se doter d’une politique énergétique

L’absence de politique énergétique de l’Europe a des conséquences considérables sur le développement durable. En effet, chaque pays seul ne peut envisager une politique énergétique : en faisant cavalier seul, soit il met en péril ses voisins, ou il handicape sa propre économie...

L’énergie est le domaine roi pour une action ambitieuse et concertée au plan européen. Les engagements en matière d’environnement et en particulier le protocole de Kyoto, concernent l’Europe entière. Il faut donc faire le point sur la politique énergétique de l’Europe.

Dans un article du 08 mars 2005 du figaro économie, Paul Mentré s’interroge à raison sur cette politique énergétique. La conclusion qu’il en tire est « Il y a là, à l’évidence, pour l’Europe, un sujet majeur de préoccupation. » En revanche, il ne met pas en évidence une quelconque volonté de l’Europe d’aller au-delà des grandes déclarations de principes. Peut-on se satisfaire de déclaration et de bonnes intentions en matière de développement durable ?

Les facteurs à prendre en compte dans une politique énergétique sont spécifiques :

1. Toute décision en matière énergétique n’a d’effet qu’à moyen ou très long terme.

Des actions d’économies d’énergie, qui visent à changer les comportements, ou à innover dans des équipements moins consommateurs d’énergie, ont un impact réel 5 à 10 ans après la décision de mise en œuvre. Des actions visant à changer le mix de consommation d’énergie au plan d’un pays, qui nécessitent d’investir dans des énergies alternatives, ou classiques mais avec de meilleures performances, ont un impact réel 10 à 20 ans après la décision de mise en œuvre.

2. Des économies nouvelles entrent en compétition avec les pays de l’OCDE pour l’énergie primaire.

De plus ces pays ont une croissance à fort contenu énergétique, et sont donc en sur-consommation relative par rapport aux pays OCDE qui ont appris à diminuer leurs besoins d’énergie pour une croissance équivalente (sur une base 100 pour les pays OCDE, l’intensité énergétique de la croissance est de 140 pour le Brésil, 230 pour la Chine et 290 pour l’Inde). Cela fait peser un risque de hausse des prix de l’énergie, voire de conflits pour s’approprier des sources d’énergie stables et à long terme.

3. L’Europe s’est engagée à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le protocole de Kyoto.

Cet engagement a forcément un impact sur le type d’énergie utilisée dans chaque pays d’Europe. L’opinion publique européenne est de plus en plus préoccupée par les aspects d’environnement. En revanche, une modification des comportements, des attitudes et des opinions n’est pas à l’ordre du jour. Une évolution de l’opinion publique nécessite des années de préparation.

4. L’énergie est un secteur à forte intensité capitalistique, avec des rendements calculés sur le long à très long terme (20 à 50 ans).

Le secteur privé peut mener à bien des investissements de long terme (exemple des centrales à gaz). Il est difficile d’envisager des investissements privés dans de l’énergie nucléaire par exemple. L’intervention des états et de l’Europe est donc incontournable.

Ces spécificités de l’énergie font qu’il s’agit d’un domaine où une politique à très long terme, et des capitaux considérables sont nécessaires. L’Europe peut avoir les moyens d’une telle politique, qui dépasse les moyens et l’envergure d’un seul pays. Force est de constater que l’Europe une fois de plus assiste à des évolutions majeures, qui peuvent impacter son environnement économique et social, sans réactions. 2004 a connu un mini-choc pétrolier. Nous n’en avons pas tiré les conséquences sur nos approvisionnements d’énergie à long terme. L’augmentation de la compétition pour l’énergie, l’incertitude sur les sources d’approvisionnement ne nous ont pas fait réagir. La mise en œuvre du protocole de Kyoto n’a pas été accompagnée d’une définition de politique dans le domaine des équipements d’énergie, dans une formation des opinions publiques, dans des projets d’investissements à long terme pour suppléer au secteur privé.

Bernard Corneau

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