Science, foi et libre arbitre


David Campbell. Vous ne connaissez pas son nom, et je ne le connaissais pas non plus, jusqu’à ce que je tombe sur un remarquable article, signé Amy Harmon dans le New York Times (Sélection d’articles diffusée avec le quotidien Le Monde, samedi 20 septembre).

Rassurez vous, c’est normal : David Campbell est un anonyme professeur de biologie dans un lycée de Jacksonville, en Floride. Il a la lourde tâche d’enseigner la théorie darwinienne de l’évolution à des lycéens qui n’en n’ont jamais entendu parler, ne brillent pas particulièrement par leur culture scientifique et ont été éduqués par leurs parents à considérer comme purement factuel le récit biblique de la genèse. La plupart d’entre eux pensent donc que la terre a été créée il y a 10.000 ans , avec l’ensemble des espèces vivantes, telles qu’on les rencontre aujourd’hui, et que les fossiles eux mêmes ont été créés par Dieu tels qu’ils sont.

C’est avec un tact et une finesse admirable que David Campbell s’acquitte de sa mission. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un extrait d’un dialogue avec ses élèves, tel que rapporté dans l’article :

Campbell : « La science explore les lois de la nature par l’expérimentation et la collecte de données. Elle ne peut pas dire ce qui est bien ou mal. Elle ne traite pas de la morale. Elle ne s’oppose pas à la religion. La science et la religion traitent seulement de questions différentes. »

Poursuivant : «  Qui peut me donner un exemple d’une question à laquelle la science ne peut pas répondre ? »

Un étudiant : « Dieu existe t-il ? »

Campbell : « Bien. La science ne peut tester cette hypothèse. Elle ne peut la prouver ni prouver son contraire. Ce n’est pas une question pour la science. »

Un autre étudiant : « Mais il existe pourtant bien une preuve de l’existence de Dieu. On a trouvé en Turquie, rejeté par un glacier, un morceau de bois provenant de l’Arche de Noé. »

Campbell (Choisissant ses mots avec soin) : « Si je pouvais, demain, prouver de façon certaine que ce morceau de bois ne vient pas de l’Arche, qu’il ne date même pas de 500 ans, et qu’il n’est même pas de la bonne essence d’arbre... Est ce que cela remettrait en cause, en quoi que ce soit, ta foi religieuse ? »

« Non », répond l’étudiant, alors que la classe est plongée dans un silence inhabituel.

« La foi ne repose pas sur des données scientifiques. » Répond Campbell. « Je n’attend pas de vous que vous croyez à l’explication scientifique de l’évolution, dont nous parlerons durant les semaines à venir. ».

Et il ajoute :

« J’attend de vous que vous la compreniez. »

Chapeau bas. De ce coté là de l’Atlantique, on a désespérément besoin d’hommes (et de femmes) de la trempe d’un David Campbell. 2009 sera le bicentenaire de la naissance de Darwin. Ce sera aussi l’année où une nouvelle équipe prendra les commandes de la première puissance mondiale. Sarah Palin, co-listière de John Mc Cain, a déjà affirmé haut et fort qu’elle souhaitait l’enseignement du créationnisme (qui relève de la foi) à parité avec celui de la théorie darwinienne de l’évolution (qui relève de la science).

Et de ce coté ci de l’Antlantique, tout va bien ? Peut-on vraiment baisser la garde, sans crainte ni remords ?

"Jamais l’instituteur ne pourra remplacer le prêtre"... Ca tombe bien, ce n’est pas ce qu’on attend de lui ! Mais prenons garde à ce que la réciproque soit vraie aussi, et qu’on n’attende jamais du prêtre (ou de l’imam, du rabbin, du frère, du bonze... cochez la case correspondante) qu’il remplace l’instituteur.

Science et religion ne s’opposent pas, nous rappelle avec sagesse David Campbell. Mais l’une comme l’autre peuvent être instrumentalisées par le pouvoir politique. Et l’histoire démontre que chaque fois que cela a été le cas, de Lyssenko aux politiques eugénistes, de l’inquisition aux talibans, ce fut un désastre.



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