Une opportunité à saisir
mercredi 23 mai

« L’intelligence collective, au service du développement durable »

Quand j’ai lancé Noolithic, en avril 2004, cette devise devait résumer à elle seule l’enjeu et les difficultés à surmonter. Comment se fait-il que cette somme de bonnes volontés, de consciences actives et d’engagements, d’intelligences individuelles et de compétences donne au final si peu de résultats concrets ? Il semble que, systématiquement, on butte sur la difficulté à fonctionner en véritable intelligence collective. Que les divergences de vues, les conflits d’intérêts, les priorités à court terme des uns et des autres font que les intelligences, au lieu de s’additionner, s’opposent pour donner une somme quasi nulle.

L’intelligence collective est le préalable, plus que jamais indispensable, qui doit nous permettre de relever le défi de la crise sociale et environnementale, et sortir de l’impasse. On ne choisit pas avec qui la construire. On doit la mettre en œuvre avec ses alliés naturels, bien sûr, mais aussi avec ses adversaires.

Quel que soit votre choix du 22 avril et du 6 mai, il importe de regarder les choses en face. Le « Grenelle de l’environnement », puisque c’est de cela qu’il s’agit, est une opportunité historique à saisir, pour passer enfin de la prise de conscience et du constat partagé, à la concertation et à la mise en œuvre d’un plan d’action contractuel, dans la mise en œuvre duquel chacun devra s’engager.

Nul ne peut remettre en cause la légitimité des associations de protection de la nature, sans lesquelles rien de tout cela n’aurait jamais pu s’amorcer. Leur légitimité va bien au delà de leurs adhérents. Elles ont vocation à être la voix de ceux qui ne peuvent s’exprimer. La voix des écosystèmes, et des espèces vivantes qui les composent. La voix des populations les plus démunies et les plus oubliées, au Sud, comme ont dit. La voix des générations futures, devant lesquelles nous sommes comptables des décisions que nous prendrons et de ce que nous ferons concrètement. Ces associations, membres de l’alliance pour la planète ou pas, sont fondées, par leur diversité, à représenter l’intérêt général.

Quoi qu’on pense de MM. Sarkozy et Juppé, de leurs styles respectifs, de leurs options politiques dans d’autres domaines, ont doit leur accorder le mérite de cette initiative. Ils sont l’émanation de la volonté du peuple français, à travers l’expression du suffrage universel direct. Ils ont probablement leur agenda, leurs priorités, et même leurs arrières pensées (leur réélection, la consolidation de leur majorité parlementaire, ...), mais ils sont aujourd’hui engagés dans un processus où ils ne peuvent se permettre de décevoir et qui les conduira peut être plus loin qu’ils ne l’avaient imaginé au départ, pour le bien de tous. L’ambition et la transparence sont désormais obligatoires, et l’échec est interdit. Ce qui va se passer en France sera probablement suivi bien au delà de nos frontières, et nous nous devons d’être exemplaires.

Les collectivités territoriales et les administrations qui seront conviées à cette négociation sont, elles aussi, à des degrés divers, les émanations de la volonté du peuple français. Elles aussi ont leurs priorités, leurs impératifs budgétaires, des élections à préparer, etc. Mais elles devront être à la hauteur de l’enjeu, dépasser leur horizon habituel, et « penser en dehors de la boite » pour contribuer, sans tabous, au succès de cette négociation.

Les entreprises ont un rôle clé à jouer. Elles aussi ont leurs priorités, leurs impératifs quotidiens. Elles ont des comptes à rendre à leurs actionnaires, des clients à satisfaire, des salariés et des fournisseurs à payer, et elles doivent faire face à une concurrence mondialisée, pour qui l’environnement ou le progrès social ne sont parfois que des « gadgets de riches ». Mais il est indispensable que les entreprises françaises, des plus grandes aux plus petites, contribuent activement au succès de ce « Grenelle de l’environnement », sans en modérer l’ambition ni en limiter la portée. Il s’agit pour elles prendre une avance significative sur leurs concurrents mondiaux, face à un défi qui s’impose aujourd’hui à tous, qu’on y réponde activement ou qu’on le subisse.

Pour tous : entreprises, collectivités, administrations, associations et citoyens, le processus qui s’amorce est une opportunité historique. Nous pourrions, par défiance, nous en détourner. Nous pourrions aussi, à l’avance, en minimiser l’impact et n’y voir qu’un nouvel instrument de politique électoraliste. Et nous resterions là où nous en sommes aujourd’hui. Ou nous pouvons, comme nous y invite l’intelligence collective, y contribuer activement, sans baisser la garde, en restant vigilant, mais dans l’objectif ambitieux et partagé d’en faire une étape décisive vers la construction d’un futur souhaitable, reposant sur la triple solidarité : dans l’espace, dans le temps, et avec l’ensemble des espèces vivantes qui constituent la biosphère à laquelle nous appartenons.


Toutes les brèves du site :