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Une révolution verte pour l’Afrique ?


Cet article reprend, au point d’interrogation près, le titre d’un article de Jeffrey Sachs et Pedro Sanchez publié dans Le Monde du 11 août. (Lire l’article ici).

Les auteurs ne sont pas n’importe qui, puisqu’ils sont respectivement directeur du projet du millénaire de l’ONU et président du groupe de travail sur la faim dans le projet du millénaire de l’ONU, en plus de leurs autres fonctions à l’Institut de la Terre de l’Université de Columbia.

On lit donc avec intérêt leur point de vue sur le développement de l’agriculture en Afrique, et on ne peut que partager leur consternation quand à la situation alimentaire de ce continent, qui continue de se dégrader, alors qu’elle s’est relativement améliorée, ou au moins stabilisée en Amérique du Sud et en Asie.

Mais mon esprit critique s’éveille à la lecture du terme de « Révolution Verte ». En effet, la première du nom, dans les années 1970 et 1980, n’avait fait que transposer un modèle de raisonnement du nord, dans le contexte bien particulier du sud. Avec quelques belles réussites, c’est vrai, et notamment une amélioration significative des rendements, au moins dans un premier temps.

Le problème, c’est que c’est après que ça se gâte : La « Révolution Verte » a laissé derrière elle des réserves d’eau souterraines affaiblies et durablement polluées par les produits dit « phytosanitaires » (engrais, désherbants, pesticides) déversés en grandes quantités. Elle a laissé des sols salinisés par une irrigation mal maîtrisée. Elle a occasionné de lourdes pertes en biodiversité par l’effet du déboisement et le développement d’infrastructures de transport terrestres. Et elle a contribué à creuser les inégalités entre les agriculteurs qui pouvaient accéder à ces techniques, parce qu’ils en avaient les moyens financiers et les compétences nécessaires, et les autres, dont la situation s’est dramatiquement dégradée.

Bien sûr, tout cela a été fait pour la bonne cause, et il est incontestable qu’une augmentation des rendements, une intensification de la production agricole et une amélioration radicale de la sécurité alimentaire était, et reste indispensable dans les pays du sud. Et il est vrai que l’Afrique est en grande partie passée à coté de la révolution verte, ou en tout cas que ses effets positifs ne s’y sont pas fait sentir.

Le problème, c’est que le remède, bien qu’il ait un effet bénéfique dans l’immédiat, se révèle fortement toxique sur le long terme. Les méthodes de la « Révolution Verte » ne sont pas durables, ou soutenables pour utiliser le terme plus précis des anglo-saxons.

C’est pourquoi certaines voix se sont élevées pour proposer, comme Michel GRIFFON, aujourd’hui conseiller auprès du président du CIRAD pour le développement durable, une révolution « doublement verte » : Augmenter les rendements agricoles, durablement, en respectant les sols, les réserves d’eau souterraines, et la biodiversité. Ce qui nécessite une connaissance précise du terrain et des contextes locaux, tant sur le plan physico-chimique (la nature des sols), que sur les plans climatologiques, écologiques et sociologiques. Cela nécessite un travail de fond, un investigation scientifique poussée et la mise au point de méthodes « sur mesure », loin d’une croyance naïve dans des solutions miracles généralisables partout.

Hors, hélas, à lire l’article de Jeffrey Sachs et Pedro Sanchez, c’est bien là le problème. Leurs propositions n’apportent hélas strictement rien de neuf par rapport aux anciennes recettes de la première révolution verte : Utilisation intensive d’engrais, irrigation, infrastructures routières, et la croyance naïve que de nouvelles variétés d’OGM miracles règlerons tous les problèmes de l’Afrique.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas écrit : Cela vaut certainement la peine de faire un effort de recherche significatif sur l’amélioration génétique (par sélection ou par transgénèse) de variétés végétales tropicales, comme le riz, le sorgho, le mil, afin notamment d’en améliorer la qualité nutritive, la résistance au stress ou le rendement. Mais cette recherche prendra encore du temps, si l’on veut respecter toutes les étapes de test préalables afin de s’assurer que leur mise en exploitation n’aura pas d’effets indésirables à long terme.

Mais encore une fois, il ne faut pas croire en une solution miracle. C’est toute une panoplie de solutions qu’il faut envisager, et d’abord en connaissant mieux et en utilisant mieux les variétés végétales actuelles, et en adaptant les pratiques agricoles aux contextes locaux.

Le plus grave, c’est qu’à ce niveau de responsabilité, les auteurs de l’article auront une influence considérable sur les grands de ce monde, les politiques agricoles et les politiques de coopérations qui seront mise en place.

Il est bien dommage qu’encore une fois, la voix des chercheurs qui travaillent sur le terrain, et qui ouvrent de nouvelles pistes pour des solutions durables, ne soit pas plus entendue.

Plus d’info et des liens complémentaires sur :

http://www.cirad.fr/fr/regard_sur/devdur.php

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